2.01 - Le bonheur de la lune de miel
-- 1761 --
Palais de Buckingham
Le lendemain matin de son mariage, Charlotte repousse ses couvertures, se lève d’un air décidé et tire le cordon de la sonnette. Comme s’il n’attendait que ce signal, Brimsley entre, suivi d’une armée de femmes de chambre. Charlotte les regarde s’activer. Les lourdes tentures des fenêtres tirées, Charlotte lève les bras, elle est promptement déshabillée puis rhabillée, la chemise, le corset lacé serré, les cerceaux, la lourde robe de chambre, puis assise devant sa coiffeuse, l’une des femmes de chambre chargée de sa coiffure élabore un élégant chignon. Charlotte se sourit dans son miroir.
Plus tard, sa toilette terminée, Charlotte déambule dans les couloirs de son palais, toujours suivie de son fidèle Brimsley. Elle lui demande le programme de sa journée, imaginant déjà le plaisir d’un concert ou d’un opéra et même quitter le palais pour une visite aux bonnes œuvres. Brimsley la déçoit en signalant qu’il n’y a rien sur son carnet de rendez vous et lui rappelle qu’elle est en lune de miel.

Palais Saint James
Le Conseil est réuni dans le salon de la Princesse Augusta. Lord Bute indique que la Chambre des Lords a donné le nom de Grande Expérimentation à l’attribution de titres de noblesse à des personnes comme leur nouvelle reine. Il est inquiet à cause de rumeurs mais il est capital que ce soit un succès. Augusta se montre certaine que ce le sera et veut le faire acquiescer mais il relance le débat en demandant plus de renseignements sur « le sujet ». Le Comte Harcourt trouve le jeune couple assorti. Augusta s’écrie qu’étant le roi, George sera toujours le meilleur choix. C’est son épouse qui a de la chance. Lord Bute approuve, aucun doute la dessus. Augusta sait où Lord Bute veut en venir mais souhaite savoir sur quoi porte le doute. Lord Bute ne peut en parler devant une femme, Augusta propose de clore le débat, Lord Bute ne s’avoue pas vaincu et elle fait comme si elle continuait une conversation en parlant de la modernité des usages maintenant. De son temps, au moins sept personnes ont assisté à sa nuit de noces pour témoigner de l’acte conjugal et s’assurer que le nécessaire avait été effectué pour engendrer George. Aujourd’hui, l’usage est d’accorder au couple l’intimité nécessaire. Mais il s’agit du roi qui est absolument parfait, même s’il est parfois … elle ne termine pas la phrase mais attend leur approbation. Lord Bute et le Comte Harcourt sont absolument d’accord. Lord Bute ajoute que si les actes à accomplir au cours d’une nuit de noces ne l’ont pas été, cela pourrait nuire à la Grande Expérimentation. Il s’assure qu’Augusta a bien compris l’importance qu’il n’y ait pas le moindre doute. Augusta et le Comte Harcourt confirment qu’il n’y aura absolument aucun doute. Satisfait, Lord Bute se retire en souhaitant une longue vie à la Grande Expérimentation. Dès qu’il est sorti, Augusta, paniquée, demande aux conseillers s’il a bien fait son devoir.
Palais de Buckingham
Charlotte prend son déjeuner sur une très longue table. Elle est seule, Brimsley derrière elle, entourée de sa gouvernante et six valets, attentifs au moindre de ses souhaits avant même qu’ils ne soient formulés. Elle regarde le fauteuil vide, placé face à elle à l’autre bout de la table.
Seule dans son salon, avec pour toute compagnie un Brimsley silencieux, l’après-midi se termine dans sa chambre où elle est dévêtue et préparée pour la soirée. Les mêmes gestes dans l’ordre inverse. Elle est ensuite rhabillée avec une nouvelle toilette, une nouvelle coiffure, de nouvelles parures et de nouvelles chaussures. Elle se dirige vers la salle à manger, s’amuse à tester Brimsley, elle s’arrête, repart, un pas à gauche, un pas à droite, Brimsley suit ses pas, imperturbable. Un repas fastueux a été servi sur la même table, en face, le même fauteuil vide, les mêmes valets à qui elle sourit et qui lui sourient. La même gouvernante la suit dans sa chambre pour la préparer pour la nuit avec les mêmes femmes de chambre, les mêmes gestes. Elle se retrouve seule dans son grand lit avec le même ciel de lit. Tout recommence le lendemain matin.

Elle se rend dans la bibliothèque, elle veut saisir un livre mais un claquement des mains de Brimsley l’arrête, un valet monte sur un escabeau, prend le livre qu’il tend à un second valet qui présente le livre à Charlotte. Le soir, dans un silence complet, Charlotte prend son repas en feuilletant le livre. En se rendant à sa chambre, elle essaie de distancer Brimsley en courant, ce dernier ne la lâche pas.
Après avoir été préparée pour la nuit, seule dans sa chambre, elle se jette sur son lit et crie de désespoir.
-- 1814 --
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La patience n’est pas toujours une vertu. Le passage du temps n’apporte pas toujours des bienfaits et peut être que tout ne vient pas à point à qui sait attendre. Néanmoins certaines joies bien spécifiques valent vraiment l’attente qu’elles nécessitent.
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La voiture de Lady Danbury s’arrête devant l’ancienne maison qu’elle occupait avec son mari, avant la Grande Expérimentation.
Violet Bridgerton, assise sur le sol de son salon, s’amuse avec les deux jeunes enfants de Daphné et Simon Basset.
Palais de Buckingham
Son petit chien sur les genoux, Charlotte a réuni ses fils dans son salon. Derrière elle, Brimsley ne peut s’empêcher de regarder les princes avec désapprobation. Le prince William voudrait présenter à sa mère sa maitresse dont il a déjà plusieurs enfants. Il est soutenu par ses frères, les princes Adolphus et Augustus, le prince Frederick est marié et se vante de n’avoir plus vu sa femme depuis une vingtaine d’années. Charlotte ne comprend pas qu’aucun de ses fils n’ait noué une relation respectable et durable. Le prince Edward fait valoir qu’il est trop tard, leurs sœurs ont passé l’âge d’avoir des enfants, quant à eux ils ont fait de leur mieux. Charlotte se fâche, leur père et elle ont donné à la Grande Bretagne une grande et belle lignée. Pas question qu’elle s’éteigne, leur dynastie doit prospérer et elle leur intime l’ordre de faire le nécessaire.

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On peut se demander, alors que l’Angleterre cherche à savoir lequel des enfants du roi George est susceptible de donner un héritier à la couronne, si la patience est une vertu ou un fardeau pour notre chère reine Charlotte .
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-- 1761 --
Charlotte demande à Brimsley de faire préparer le carrosse, ils vont voir son époux. Dans la soirée, sous bonne escorte, le carrosse quitte le palais. A son arrivée à Kew, Les domestiques s’empressent sur le perron pour accueillir leur reine. Reynolds arrive en courant et prend sa position. Elle demande où est le roi, Reynolds désigne l’observatoire, Charlotte arrête Brimsley d’un geste de la main puis se dirige vers le bâtiment. Reynolds propose à Brimsley de rentrer se réchauffer le temps de savoir ce qu’il va se passer. Reynolds l’emmène dans sa chambre, où ils vont pouvoir passer un moment intime. Tout en se déshabillant et en s’embrassant, Brimsley essaie de savoir si le roi a un problème ou une difformité qui l’a empêché de consommer le mariage. Reynolds veut protéger son roi, Brimsley veut le bonheur de sa reine, qu'il trouve d’une grande beauté. Le Palais demande un compte rendu, ils ont un problème.
Charlotte entre dans la rotonde, un énorme télescope est placé au centre, un lit d’appoint, une table et un bureau complètent l’ameublement. George l’accueille aimablement et commence à lui présenter son observatoire, le seul de cette qualité dans toute l’Angleterre. Étonnée, elle réalise qu’il a passé tout son temps à regarder les étoiles, depuis leur mariage. Il voudrait lui expliquer ses travaux, elle ne l’écoute pas et lui demande quelle est sa faute, ou l’erreur qu’elle a commise, et ce qui l’importune chez elle. George se récrie qu’il n’y a rien de cela. Elle ne le laisse pas parler, tant elle est excédée par son absence. Il l’écoute patiemment pendant qu’elle lui confie qu’elle se sent confinée dans une demeure oppressante, changée trois fois par jour comme une poupée. Elle n’a personne à qui parler et strictement rien à faire. Elle se retrouve à dix sept ans dans un pays étranger et ne peut se faire des amis, une réserve étant imposée à la reine. Elle ne connait que lui, elle est complètement seule et il la délaisse pour contempler le ciel. Submergé par ce flot de reproches, George répond qu’il ne veut pas se battre avec elle, ce qu’elle veut, c’est se battre avec lui. Elle veut qu’il se batte avec elle, pour elle. Excédé, George lui ordonne de rentrer chez elle. Déçue et blessée, elle fait une révérence et se dirige vers son carrosse. Brimsley et Reynolds se précipitent hors de la dépendance, tout en rajustant leurs vêtements. Ils comprennent que le tête à tête s’est mal passé et se font un signe de tête, impuissants. Le cortège repart vers Buckingham.
Palais Saint James
Le lendemain, Reynolds et Brimsley sont convoqués chez la princesse Augusta et interrogés sur les relations du couple royal. Tous deux essaient de rester évasif, ils répondent qu’ils affichent une certaine satisfaction et un certain contentement. Impatiente, Augusta va droit au cœur du problème et parle du devoir conjugal. Gênés, ils se regardent, Lord Bute énonce que la princesse souhaite avoir la confirmation que le mariage a bien été consommé, le Comte Harcourt précise qu’il s’agit de savoir s’il a été consommé sexuellement, pour le bien de la nation, naturellement. Reynolds, relancé par Lord Bute, finit par répondre affirmativement. Augusta est heureuse de constater que cette lune de miel est un succès et se plait à imaginer qu’un bébé pourrait bien être en route dans les prochaines semaines.

Maison Danbury
Lady Danbury tempête après son époux, qui lui, multiplie les occasions à toute heure du jour et de la nuit pour remplir son devoir conjugal. Grâce à son titre et en tant que membre de l’aristocratie, il a le droit de fréquenter le fameux club pour gentlemen, le White à Mayfair, mais en s’y rendant pour la première fois, il s’est vu refuser l’entrée et il a décidé de se joindre à la chasse le lendemain matin. Coral prévoit de laisser des braises pour maintenir l’eau de son bain au chaud au cas où Lord Danbury serait refoulé de la chasse et voudrait entrainer Lady Danbury dans son lit.
Palais de Buckingham
Brimsley, peiné de voir sa reine dépressive, donne rendez vous à Reynolds dans les jardins pour qu’il pousse le roi à agir et lui rappelle qu’il a fait croire à la princesse Augusta que le mariage était consommé. Il faudrait que le roi fasse un geste. Reynolds promet qu’il va lui suggérer de faire un geste envers Charlotte.
Plus tard, Charlotte se promène dans l’orangerie. Elle tend la main pour cueillir une orange, Brimsley fait un geste, un valet la cueille et la tend à un second valet qui la met sur une assiette et la présente à Charlotte. Brimsley ordonne de l’apporter en cuisine pour le repas de la reine. Charlotte lui fait remarquer qu’elle aurait pu la cueillir elle-même. Il acquiesce. Charlotte tend la main pour cueillir une seconde orange, le même scénario se déroule.

Un troisième valet vient parler à l’oreille de Brimsley qui informe la reine que le roi lui envoie un cadeau, déposé dans l’entrée, accompagné d’une lettre qu’il lui donne. Elle l’ouvre et découvre un mot du roi : « Je ne veux pas que vous vous sentiez seule. George ». Charlotte sourit et accourt dans l’entrée. Un valet porte un panier contenant un petit chien. Charlotte ne connait pas de race de petit chien, quand Brimsley l’informe que c’en est un, elle refuse d’y croire, un chien est plus grand et plus digne, comme un berger ou un danois. Ce qu’elle voit est un lapin difforme. Elle rend la lettre à Brimsley et s’en va sans s’intéresser au petit chien. Déçu, Brimsley récupère le panier et se précipite à sa poursuite.
Le soir au diner, le panier et le petit chien sont posés sur la table, devant le fauteuil vide. Charlotte le fixe puis sans terminer son repas, elle se lève et regagne ses appartements. Brimsley la suit avec le petit chien en laisse. Charlotte marche vite, d’un pas nerveux, faisant flotter sa robe. Le petit chien veut jouer avec le tissu qui danse et aboie. Brimsley le prend dans ses bras. Charlotte fait volteface et exige de rencontrer ses dames d’honneur le lendemain matin. Brimsley lui rappelle qu’elle est en lune de miel, elle ne peut pas voir ses dames d’honneur. Agacée, elle considère qu’elle le peut et le fera, son majordome n’a pas à lui dire ce qu’elle doit faire. Brimsley ne se permettrait jamais de lui dire ce qu’elle doit faire, néanmoins il lui indiquera toujours comment faire au mieux ce qui lui est interdit. Radoucie, Charlotte envisage, en se montrant discrète, de rencontrer Lady Danbury avec les conseils de Brimsley.
Le lendemain, Lady Danbury se rend au Palais de Buckingham. Elle est reçue par le reine qui lui offre de prendre le thé avec elle. Un peu gênées, elles cherchent des sujets de conversation. Charlotte demande si le thé est à la convenance de son invitée et Lady Danbury la complimente pour son chien. Charlotte la reprend, ce n’est qu’un lapin difforme. Agatha demande si la reine reçoit individuellement ses dames d’honneur, Charlotte avoue qu’étant en lune de miel, Brimsley lui a conseillé de recevoir la plus discrète. Un regard de Brimsley la rappelle à l’ordre et elle se hâte d’ajouter que sa lune de miel est somptueuse, un véritable enchantement. Son époux est charmant et vient de lui offrir ce magnifique lapin géant. Agatha sollicite la permission de parler sans détour, Charlotte cherche l’approbation de Brimsley qui répond d’un discret signe de tête et fait sortir tous les valets et la musicienne qui jouait de la harpe. Brimsley signale avant de sortir qu’il se tiendra à cinq pas de la porte. Charlotte la prie de parler sans détour, personne ne le fait dans son entourage. Agatha commence par lui conseiller, car elle ment terriblement mal, de ne pas recommencer devant la haute société, ce qui déclencherait un scandale. Elle parle de sa propre expérience, elle ignorait tout de ce qui l’attendait lors de sa nuit de noces. Vieux et impatient, son époux l’a rendue terrifiante et éprouvante. Devant l’air innocent de Charlotte, Agatha soupçonne qu’il n’y a pas eu de nuit de noces. Charlotte peut enfin se décharger de son animosité contre son époux qui s’est montré discourtois et égoïste. Il n’a songé qu’à déguerpir pour aller vivre à Kew alors qu’elle est confinée sans personne à qui parler. Cette bête lui a été offerte comme si cela suffisait à réparer les choses. Agatha précise qu’elle faisait allusion à la consommation du mariage car s’il n’a pas été consommé, Charlotte n’est pas véritablement mariée et sa position est en danger tout autant que la Grande Expérimentation. Agatha saisit que Charlotte ne connait pas le sens de consommer ou honorer le devoir conjugal. Elle décide de rappeler Brimsley pour obtenir du papier et des fusains.
Quelques temps plus tard, après un cours d’éducation sexuelle appuyé de dessins dignes du Kamasutra, et de nombreuses questions de Charlotte, Agatha avoue que le devoir conjugal lui parait parfois durer une éternité alors qu’elle associe la chose à une corvée. Agatha veut lui faire comprendre que l’acte est important pour conforter sa position. Il n’y a pas très longtemps, la Grande Bretagne décapitait les reines qui ne pouvaient pas avoir d’enfant. Charlotte l’entend, mais cette situation n’est pas de son fait, George montre qu’il ne veut pas d’elle. C’est peut être une bonne chose qu’elle ne soit pas mariée, ils pourraient oublier cette histoire et elle retournerait chez elle. Agatha change de conversation et lui apprend que son lapin difforme est un chien, d’une espèce très rare, un poméranien de pure race. Charlotte regarde Brimsley, qui tient le chien dans les bras, en le caressant. Il a assisté à leur conversation, tantôt un peu gêné, tantôt inquiet et surtout peiné pour Charlotte.
Maison Danbury
En rentrant chez elle, Agatha est entrainée par son mari dans leur chambre. Devant sa fugue, elle est obligée de se tenir pour éviter que sa tête cogne sur la têtière du lit. En retrouvant sa femme de chambre et amie Coral dans son cabinet de toilette où son bain est déjà prêt, Agatha lui confirme que son époux n’a pas été accepté à la chasse qu’il convoitait.
-- 1814 --
Palais de Buckingham
Charlotte a invité Lady Danbury pour le thé, elle a également invité Violet, souhaitant faire appel à une experte qui a marié deux de ses enfants en deux ans. Elle souhaite connaître son secret. Pour Violet, l’amour est la clé de nombreux problèmes. Charlotte avoue que tous ses fils sont amoureux, cependant ils sont amoureux de catholiques, de comédiennes, de femmes déjà mariées et de belles roturières. L’amour n’est pas le problème et l’amour a donné plus de cinquante enfants illégitimes à la couronne. Violet appelle Lady Danbury à son secours, cette dernière ne pourra pas aider, ses quatre enfants sont partis vivre sur un autre continent, de plus pour elle le mariage est un devoir et non un plaisir. Violet n’est pas d’accord, le mariage peut être un tel plaisir, il apporte tant de choses, un compagnon, une famille ou des traditions, de l’affection. Si les jeunes gens prennent le temps de se connaître, il arrive bien souvent que l’amour naisse après le mariage. Violet emploie sa métaphore préférée, l’amour peut fleurir et s’épanouir dans un jardin en friche. Charlotte n’apprécie pas sa métaphore florale et décide de leur trouver elle-même des épouses, ils se préoccuperont de l’amour après la naissance des enfants. Se tournant vers Brimsley elle demande qu’une liste des jeunes filles des couronnes d’Europe aptes à se marier lui soit fournie.
-- 1761 --
Palais de Buckingham
Au pied du lit, le petit chien pleure dans son panier Agacée, Charlotte se lève et le pose sur le lit à côté d’elle. Le petit chien calmé, ils s’endorment tous les deux.
Le lendemain, Brimsley promène le petit chien en rejoignant Reynolds à qui il a donné rendez-vous dans le parc. Reynolds est impatient, le roi ne va pas tarder à se lever. Brimsley est en retard parce que Reynolds a choisi un cadeau court sur pattes. Reynolds lui reproche d’avoir autorisé une visite à la reine pendant sa lune de miel, tout le Palais sait déjà que Lady Danbury a été reçue. Sans répondre, Brimsley le met en demeure de l’informer de quoi souffre son roi, quel mal l’empêche-t’il d’approcher sa reine. Avant de s’en aller, sur un regard de défi, Reynolds lui conseille de bien se concentrer sur ses affaires.
Maison Danbury
Lord Danbury ne décolère pas. Pourquoi la princesse douairière fait elle appeler son épouse alors que c’est sa famille qui avait une relation avec le défunt roi. Pour calmer son mari, Agatha vante ses mérites tout en s’apprêtant, convient même avec lui qu’elle n’est personne. C’est grâce à la grande réputation de son mari qu’elle a été appelée. Elle promet de tout lui raconter dès son retour.
Palais Saint James
C’est le Comte Harcourt qui la conduit chez la princesse Augusta. La princesse douairière ne lui offre pas de siège. C’est debout qu’Agatha doit l’affronter quand elle lui demande de restituer ses échanges avec la reine. Agatha énumère les sujets dont discutent deux dames autour d’un thé. Le Comte Harcourt remarque qu’elle n’est pas au courant. Augusta lui répond comme si Agatha n’était pas présente qu’elle l’est assurément. Puis elle lui demande à nouveau comment s’est déroulé ce thé en l’appelant ma fille. Tout bas mais suffisamment fort pour que la princesse l’entende, Agatha la reprend, elle s’appelle Lady Danbury. Agatha la fait répéter. Agatha, fièrement, donne son nom, Lady Agatha Danbury, en rappelant que c’est elle-même qui a eu l’amabilité de lui attribuer son titre. Comprenant qu’Agatha ne sera pas facilement coopérative, la princesse renvoie le Comte Harcourt pour aborder le sujet entre femmes.
Restées seules, la princesse dévoile ses intentions, elle a un besoin urgent de savoir ce qu’il se passe au palais de Buckingham et donc d’une oreille de confiance. L’arrogance de la princesse donne à Agatha le courage de lui rappeler qu’il est d’usage que l’attribution d’un titre de noblesse soit assortie d’une rente et de terres. Sans ces privilèges, un titre n’est qu’une coquille vide. Augusta pense qu’elle demande de l’argent. Devant cette humiliation, Agatha se redresse et fait remarquer à la princesse que son beau-père, le roi, connaissait la famille des Danbury parce que le père de Lord Danbury est roi et que la Sierra Leone est très riche. Les Danbury sont fortunés, davantage que la plupart des aristocrates. Ce qu’elle veut, c’est que son mari ne se voit plus refuser l’entrée du White ni une participation à la chasse, elle veut aller chez la meilleure modiste et avoir les meilleurs sièges à l’opéra. La princesse l’interrompt, ses demandes sont excessives et son but cupide, elle devrait faire preuve de gratitude. Devant ce nouvel affront, Agatha hausse le ton et s’approche de la princesse. Elle pense connaitre la raison de sa demande, elle veut montrer à Lord Bute qu’elle contrôle la situation, car si ce n’est pas le cas, la chambre des Lords demandera des comptes. La princesse veut être tenue informée de ce qui se passe à Buckingham, ils veulent faire valoir leurs droits d’aristocrates. La gratitude pourra être mutuelle. Agatha sourit, Augusta pince les lèvres.

Palais de Buckingham
Après s’être laissé habiller, coiffer par ses femmes de chambre, Charlotte entre dans la salle à manger pour le repas du soir. Une surprise l’attend, George est assis au bout de la table, sur le fauteuil habituellement vide. Ils se saluent puis Georges sollicite l’autorisation de se joindre à elle pour le repas du soir. Choquée par sa désinvolture et ne trouvant pas ses mots, Charlotte préfère quitter la salle à manger. George la poursuit et l’appelle. Elle ne veut rien entendre, plutôt partir le plus loin possible de lui, là où il n’est pas. Il lui donne l’ordre de s’arrêter puis il lui parle doucement, il sait qu’elle n’a aucune raison de l’aimer ni de lui faire confiance, toutefois, il souhaite qu’elle lui accorde une chance. Il l’a épousée puis disparu dans son observatoire pour resurgir le soir même pour le diner. Si elle est prête à lui offrir ne serait-ce qu’une soirée, il voudrait lui montrer ce qui occupait ses pensées. Elle ne lui pardonnera peut être pas mais elle pourrait le détester moins.
Kew
Charlotte a suivi George dans son observatoire. L’œil collé à la lunette, elle observe Vénus, interloquée. Il lui apprend que cette planète fait l’objet de ses études. Vénus va emprunter une trajectoire particulière, assez rare, qui va permettre de prendre des mesures précises et ainsi connaitre la distance entre la Terre et le Soleil. Cela s’appelle le transit de Vénus qui offrira un spectacle magnifique. Sans quitter la lunette, Charlotte affirme qu’il l’est déjà, c’est somptueux. George regarde sa reine différemment. Il pense nécessaire de lui expliquer que dans ce monde où pouvoirs et attentions lui sont conférés, le ciel lui enseigne qu’il n’est qu’une poussière, un petit point dans l’univers et le rend humble. Or depuis sa naissance tout le monde s’affaire autour de lui, ce qui l’a rendu égoïste. Il ressent du remords d’avoir gâché la nuit de noces de Charlotte. Elle ne lui pardonne pas, elle sourit et ajoute pas encore. Encouragé, George lui propose de reprendre à zéro, elle accepte. George prend les mains de Charlotte dans les siennes, puis se penche et l’embrasse. Ils se sourient, Charlotte veut savoir s’il rentre à la maison, au palais de Buckingham. Heureux, il répond qu’il rentre à la maison.
Une voiture est chargée des affaires du roi, George monte dans son carrosse, avec Reynolds et Charlotte rejoint le sien, escortée de Brimsley. Le cortège se dirige vers Buckingham.
George et Charlotte marchent côte à côte dans le palais pour la première fois, comme Reynolds et Brimsley à leur suite. Charlotte s’étonne qu'ils se soient séparés pour le voyage, ce qu’ils n’avaient pas fait après leur mariage. George explique que des règles protègent la succession, juste après le mariage il n’y avait aucun risque qu’elle porte le prochain roi. Charlotte remarque qu’il n’y en a pas plus actuellement, George rit, ils n’en savent rien mais après cette nuit, cela se pourrait. Ils regagnent chacun leur chambre pour être préparés pour la nuit. Brimsley est heureux de voir sa reine sourire. Reynolds l’attend au garde à vous et lui ouvre la porte de la chambre du roi. George se lève et vient au-devant d’elle. Reynolds referme la porte et prend position près de Brimsley qui lui propose de se rafraichir après le voyage, ce que Reynolds accepte volontiers.
George la trouve éblouissante, Charlotte réalise que le choix de sa robe ne lui semble pas judicieux, elle comporte un millier de petits boutons. George la rassure, il est très adroit avec les boutons. Il prend son visage dans ses mains et l’embrasse tendrement, puis la déshabille. Il demande si elle sait ce qu’il se passe lors d’une nuit de noces. Charlotte répond qu’elle sait tout et a reçu des explications détaillées, toutefois elle n’est pas séduite par le moment où sa tête cogne le mur à plusieurs reprises. En l’embrassant, Georges promet qu’il fera tout pour éviter ce moment. Il la porte sur le lit et la prend délicatement, attentif à ses réactions. Pendant ce temps, Brimsley et Reynolds peuvent enfin profiter de leur côté d'une nuit à deux.

Le lendemain, Charlotte se réveille dans le lit de George, seule. Le roi est déjà levé et n’a pas voulu la réveiller. Elle sonne pour qu’on vienne la préparer.
Maison Danbury
Au même moment, le carrosse des Danbury pénètre dans leur nouveau domaine. Les papiers de propriété en main, Lord Danbury n’en croit pas ses yeux devant leur nouvelle demeure. Persuadé que le roi reconnait l’homme qu’il est, sa valeur et son mérite, un nouveau monde voit le jour. Chaque homme est un homme, sans distinction de ses origines. Agatha sait qu’ils vivent le commencement d’une nouvelle ère et voudrait donner son point de vue, mais son mari lui demande de se taire, ce n’est qu’une femme. Clé en main, il s’approche de la porte, bien loin d'imaginer que c'est grâce à son épouse que le domaine leur a été attribué.
Palais de Buckingham
Le petit chien dans ses bras, Charlotte est heureuse et demande à Brimsley de retarder le petit déjeuner pour le prendre avec George. Brimsley signale que le roi a de la visite, des voix s’élèvent de l’un des salons. Charlotte tend le petit chien à Brimsley et s’approche de la porte restée ouverte. La princesse douairière rend visite à son fils. Elle le questionne sur son mariage, George répond que cela ne la regarde pas, c’est son mariage. Augusta ne dépose pas les armes, son mariage regarde le Palais, le Parlement britannique, la nation. Il ne doit pas être un échec. Elle doit savoir si son fils a convenablement honoré son épouse. George se lève, en colère. Il a fait de son mieux tout ce qu’on lui a demandé. Il s’est marié, il lui a été agréable, il lui a dissimulé son état, il l’a honorée, pour les besoins de la couronne. Jusqu’à son dernier souffle, pour le bonheur d’un grand peuple, il doit agir contrairement à ses passions. Il est l’image du devoir, la couronne est incrustée en lui, elle est en lui. Charlotte en a assez entendu, elle s’avance vers la salle à manger, inutile d’attendre le roi.
-- 1814 --
Palais de Buckingham
Assise à la table de la salle à manger, Charlotte regarde le fauteuil vide qui lui fait face, pensivement. Brimsley lui apporte la liste des jeunes filles à marier pour ses fils. Elle le remercie, un valet enlève la cloche qui dissimulait son petit déjeuner. Elle remarque tout haut qu’elle trouve charmante la préparation dans son assiette. Les valets et femmes de chambre, satisfaits, se regardent en souriant.
-- 1761 --
Palais de Buckingham
George est seul dans le salon, Reynolds entre et signale sa présence par une petite toux. Il confirme que la princesse douairière est partie, il l’a lui-même vérifié, et la reine prend son petit déjeuner dans la salle à manger. A ce moment, George vacille, il a un malaise et se rassoit dans son fauteuil. Reynolds se précipite vers lui et demande s’il doit appeler le médecin. George refuse puis accepte. Il s’inquiète pour Charlotte, Reynolds assure qu’elle n’en saura jamais rien puis se hâte d'aller faire appeler le médecin.
Rédigé par Mamynicky



















