3.08 – En pleine lumière
Pour sa nuit de noces, Colin a dormi sur le sofa. Pénélope sort de sa chambre.
Pénélope : Bonjour. Comment avez-vous dormi ?
Colin : D’un sommeil agité. Je vais prendre le petit déjeuner chez les Bridgerton.
Pénélope : Mais ma mère arrive.
Colin : Je vous laisse avec votre mère. Vous serez plus tranquilles.
Pénélope : Non. Vous n’avez pas à partir.
Colin : Je préfère ainsi.
Rae : Madame, vous êtes attendue dans le petit salon.
Pénélope : Servez du thé. J’arrive dans un instant.
Pénélope : Bonjour, maman. Cressida.
Cressida : Bonjour. J’imagine que vous avez eu une belle nuit de noces.
Pénélope : Que faites-vous ici ?
Cressida : Une simple visite de courtoisie. A la très estimée lady Whistledown. Je connais votre secret.
Pénélope : Quoi que vous sachiez, vous faites erreur. Veuillez partir.
Cressida : Voyez-vous, en reprenant le chemin à l’envers, tout est parfaitement cohérent. Qui pourrait soupçonner que c’est vous, tant votre personne s’oublie vite. Ce regard me réjouit. Dommage que je ne m’attarde pas pour le savourer, je suis enfermée jusqu’à ce que ma tante m’emmène de force vivre à la campagne.
Pénélope : Vous quittez Londres ?
Cressida : Oui. Mais pas pour aller chez ma tante Joanna. Sachez que vous allez me payer le double de la récompense de la Reine, je pourrai ainsi commencer une nouvelle vie à l’étranger. Ou bien, je révèle à tout le monde votre véritable identité.
Pénélope : Personne ne vous croira, Cressida. Votre réputation n’a jamais été aussi mauvaise.
Portia entre dans le salon.
Portia : Miss Cowper.
Cressida : Lady Featherington. Pénélope et moi nous demandions si j’étais capable de propos convaincants. Vérifions sur le champ. Pensez un instant à l’amour de votre fille pour l’écriture. Pensez à quel point elle passe inaperçue, ce qui lui permet de s’éclipser de longs moments. Pensez à tous ceux considérés comme ses ennemis qui ont été humiliés dans une gazette. Et, enfin, demandez-vous comment vous avez pu mettre si longtemps à vous rendre compte que c’est elle, la véritable lady Whistledown. Je vous prie de me payer cette somme ou je dévoile la vérité à toute l’aristocratie de Londres. Je vous souhaite une bonne journée mesdames.
Portia : Pénélope. Dites-moi que tout cela est faux.
Pénélope : Pour une fois, Cressida n’a pas menti.
Portia : A chaque fois, au bal, il arrivait un moment où vous décidiez de disparaître. Je reliais cela à votre difficulté à respecter les bonnes manières, mais je mesure aujourd’hui à quel point vous m’avez bernée.
Pénélope : Maman
Portia : Toutes ces choses affreuses que vous avez écrites sur vos sœurs, sur moi votre mère, sur vous-même. Je me suis battue bec et ongles pour nous sauver de la ruine et de l’infamie. Et pendant ce temps, sous mon propre toit, ma propre fille semait chaque jour les graines de notre ruine. Quelle en est la raison, Pénélope ? Votre mari est au courant ?
Pénélope : Oui.
Portia : Oh … Eh bien, il ne doit pas être informé de ce dernier scandale. Un gentleman comme monsieur Bridgerton ! S’il sait qu’on vous fait chanter à cause de vos agissements … Il aurait le droit de demander l’annulation du mariage. Même le plus dévot des évêques l’accorderait.
Pénélope : Maman, je ne souhaite plus mentir davantage. Je dois le dire à Colin.
Portia : Je suis tentée de vous l’interdire. Mais je sais que mes conseils n’ont jamais eu de valeur à vos yeux.
Pénélope : Je vais m’habiller.
Palais de Buckingham. Charlotte et lady Danbury jouent aux échecs.
Charlotte : Vous êtes très imprudente, aujourd’hui, lady Danbury. La partie ne durera pas longtemps.
Lady Danbury : Sa Majesté a avancé avec force un certain nombre d’accusations récemment. Je me demandais comment nous allions aborder ce sujet.
Charlotte : Les Bridgerton sont vos petits protégés depuis toujours. Mais non, il ne s’agissait pas d’accusations. C’est la vérité. Je n’ai jamais été si proche de démasquer lady Whistledown.
Lady Danbury : Et que ferez-vous une fois que vous l’aurez démasquée ?
Charlotte : J’aurai gagné, naturellement.
Lady Danbury : Mais ensuite ? Lui ordonnerez-vous de cesser d’écrire ? En l’enfermant dans un donjon ?
Charlotte : Où voulez-vous en venir, lady Danbury ?
Lady Danbury : Lorsque Whistledown a commencé à écrire, j’ai supposé qu’elle avait un certain pouvoir dans la société. Mais dans ses derniers chroniques, on sent clairement chez elle une vulnérabilité, une sorte de volonté farouche de se trouver elle-même.
Charlotte : Sauriez-vous donc qui est Whistledown ? Et est-ce pour cela que vous essayez de protéger les Bridgerton ? Aurais-je touché un point délicat ?
Lady Danbury : Je dis simplement que le propos de Whistledown n’est peut-être pas de vous battre à votre propre jeu, mais qu’elle essaie peut-être ainsi de rester dans la partie. Comme un joueur quelque peu vulnérable. Un sentiment, peut-être, qui ne vous serait pas inconnu.
Charlotte : Peut-être, il y a longtemps. Vous pouviez me mettre échec et mat, lady Danbury.
Lady Danbury : J’en ai bien conscience. Mais alors, cette partie serait bien vite terminée. Et quel plaisir y aurait-il à cela ?
Les sœurs Featherington sont en promenade avec leurs maris.
Finch : Il faut préparer notre garde-robe automnale.
Philippa : Est-ce pour cela que vous n’éternuez plus, Alby ? Grace au temps chaud que nous avons eu ?
Finch : Cela n’a rien de saisonnier. C’est un éternuement nerveux apaisé par l’harmonie de notre bonheur conjugal.
Prudence : J’essaie déjà de supporter le vent frisquet. Pouvez-vous ne pas m’infliger vos roucoulades ?
Dankworth : Voulez-vous rentrer, mon amour ?
Prudence : Personne ne remarquerait notre absence. Depuis que Pénélope a épousé un Bridgerton, nous n’intéressons plus personne.
Philippa : Plus nos ventres s’arrondiront, plus la bonne société sera sensible à nos efforts.
Prudence : As-tu déjà vu une dame enceinte à un bal, Philippa ?
Philippa : Eh bien, non.
Prudence : Non. Parce que tout le monde attend d’une femme enceinte qu’elle se retire de la société. Ne comptez pas sur moi pour m’exiler comme une âme en peine.
Dankworth : Je suis prêt à tout pour vous éviter ce sort affreux, mon trésor.
Prudence : Tant mieux. Parce qu’avec Philippa, nous organisons un bal. Nous mettrons à l’honneur la couleur violette.
Philippa : Et l’orangé.
Prudence : Tout sera de cristal et d’or et il y aura des fleurs par centaines.
Philippa : Et plein de bestioles.
Finch : Et pouvons-nous discuter du budget ?
Prudence : Naturellement, il sera merveilleusement élevé.
Un salon de thé.
Francesca : Jugez-vous décente cette sortie en public ?
Violet : La Reine est informée de vos fiançailles. Il est inutile de vous cacher plus longtemps.
Francesca : Elle pense que l’un de nous est Whistledown.
Violet : Et moi, je sais bien en tant que matriarche de notre maisonnée, qu’il n’en est rien. Alors la meilleure chose à faire, c’est sortir dans le monde afin que les gens ne s’imaginent pas que nous avons quelque chose à cacher. Notre insouciance pourrait convaincre la Reine que son accusation est erronée. Seigneur, aie pitié. Allons, mangez, c’est exquis. Vous voyez ? Nous prenons le thé, comme n’importe quelle famille, et savourons une glace en faisant des projets de mariage. Il est toujours question de mariage ?
Lord Stirling : Naturellement.
Francesca : Nous voulons demander une autorisation spéciale et bénéficier ainsi d’une cérémonie plus simple à la maison, pour nous retirer ensuite sur les terres de la famille de John.
Lord Stirling : Et nous protéger des saillies provocantes de la Reine.
Violet : Ah oui, c’est peut être plus sage. J’espère que votre domaine dans le Oxfordshire n’est pas à plus d’une journée de voiture à cheval ?
Francesca : Alors, plus précisément, nous comptons nous installer sur les terres de la résidence … principale de John.
Violet : En Ecosse ? Mais alors, où est-ce exactement ? Proche de la frontière ?
Lord Stirling : Non. Dans les Highlands. Mais ce n’est pas très loin de Glasgow.
Violet : Il faut bien deux semaines de voiture à cheval.
Lord Stirling : C’est pour cela que j’apprécie tant y séjourner. Cette distance procure un grand sentiment de paix.
Francesca : Comme j’aspire à cette tranquillité.
Violet : Oh.
Maison des Bridgerton.
Éloïse : Comment vas-tu ?
Colin : J’essaie de ne pas penser à hier.
Éloïse : J’ai senti maman ravie de la présence de la Reine au petit déjeuner du mariage.
Colin : Mm.
Éloïse : Dis toi que tout ira bien pour notre famille.
Colin : Tu le crois vraiment ?
Éloïse : Sa Majesté m’a accusée une fois d’être Whistledown et j’ai survécu. Pas sans douleur, mais tout de même. Ne laisse pas ton mariage souffrir de cette histoire. Vous surmonterez cette épreuve avec …
Colin : Pénélope. Que faites-vous ici ? Écoutez, je ne m’attendais pas à vous voir avant cet après-midi.
Pénélope : Elle sait. Vous n’avez pas à ravaler votre colère.
Portia : Nous ne devrions pas poursuivre cette discussion devant miss Bridgerton.
Pénélope : Elle sait également tout.
Portia : Magnifique. Ravie d’apprendre que tout Mayfair était au courant avant votre propre mère.
Éloïse : Et pourquoi savons-nous soudain ?
Pénélope : Parce que Cressida a découvert mon secret. Elle exige dix mille livres pour le garder.
Colin : Vous n’êtes pas sérieuse ?
Éloïse : Comment l’a-t-elle découvert ?
Pénélope : Je ne sais pas.
Colin : Peu nous importe comment elle l’a su. Ce qui compte c’est de l’empêcher de révéler ce secret.
Pénélope : Je ne vous demande pas d’aide. Je veux simplement être honnête envers vous.
Colin : Vous n’avez pas à me dicter ma conduite. Si miss Cowper colporte ce ragot, notre réputation va en pâtir. Le nom des Bridgerton sera sali et je ne tolèrerai pas que l’on exerce un chantage sur mon épouse.
Portia : Comme je suis soulagée de l’entendre.
Pénélope : Non, c’est très gentil, Colin. Mais … Je peux la payer.
Éloïse : Vous avez gagné une telle somme ?
Pénélope : Un peu plus pour être honnête.
Portia : Depuis tout ce temps ?
Colin : Vous ne donnerez pas à miss Cowper le moindre penny.
Pénélope : Mais Colin, c’est moi …
Portia : Vous pensez peut être la payer vous-même monsieur Bridgerton ?
Pénélope : C’est trop d’argent.
Colin : Personne ne la paiera.
Éloïse : Quelle solution proposes-tu ?
Pénélope : Je vous en prie, laissez-moi …
Colin : Je n’ai pas peur de miss Cowper. Je lui rendrai visite dès demain. Je lui ferai comprendre que sa conduite est désastreuse pour tous ceux impliqués dans cette affaire. Je ne vois pas d’autre issue.
Colin se présente à la maison des Cowper.
Lady Cowper : Monsieur Bridgerton.
Colin : Lady Cowper. J’avais imaginé passer un moment seul avec votre fille.
Lady Cowper : En dépit de ce qu’en pense la société, vous m’insultez si vous pensez que nous avons perdu tout respect des bonnes manières.
Cressida : Mère, laissez-nous. Ca n’a plus d’importance. Veuillez sortir.
Lady Cowper : Je vous accorde cinq minutes.
Colin : J’en déduis que votre mère ignore que vous tentez de faire chanter mon épouse.
Cressida : Je n’ai plus confiance en qui que ce soit. En dehors de moi-même.
Colin : Quel grand sentiment de solitude. J’éprouve ce sentiment de profonde solitude quand je pars en voyage.
Cressida : Pauvre monsieur Bridgerton. Qui parcourt le continent, visite les grands sites du monde, comme seul un homme en a le droit.
Colin : Je croirais entendre Eloïse. Vous avez raison. C’est un privilège de voyager. Mais l’année dernière, je me suis retrouvé en manque de nouvelles de ma famille. De Pénélope, en fait. Mais elle n’a pas répondu à mes lettres. Pas plus que les autres, de toute façon. C’était comme si tout le monde était pris dans son quotidien sans avoir besoin de moi. Alors j’ai essayé de ne pas m’en vouloir, de devenir un homme sans besoins propres. Ce qui est un chemin ardu et peu recommandable.
Cressida : Monsieur Bridgerton, je suis déconcertée. Vous semblez me demander de vous offrir ma compassion, mais c’est moi qui suis censée être payée.
Colin : Je ne viens pas chercher votre compassion. C’est votre clémence que je viens chercher. Pénélope n’est pas une personne méchante. Croyez-moi. Je peux comprendre les raisons de votre haine pour Whistledown. Ses mots sont tranchants et acerbes. Pourtant, ses lecteurs sont prêts à payer pour lire ce qu’elle écrit sur eux semaine après semaine.
Cressida : Je n’entends pas là quelqu’un qui hait Whistledowxn. Vous parlez d’elle comme si vous en étiez jaloux.
Colin : Certainement pas. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a Whistledown et qu’ensuite il y a Pénélope qui a vécu à sa façon une grande solitude que ni vous ni moi ne pouvons mesurer. Imaginez qu’on vous ignore à tel point que vous vous sentiez invisible. Cela n’excuse en rien ses agissements. Mais on peut essayer de comprendre que certaines fois, sa chronique reflétait la cruauté qu’elle voyait autour d’elle. Une cruauté que vous avez forcément ressentie. Quant aux tourments qu’elle vous a causés, je sais qu’elle en éprouve des remords. Et elle ne vous a pas attaquée dans sa dernière publication. Si même Pénélope peut vous témoigner de l’indulgence, ne comprenez-vous pas que la bonne société aussi vous pardonnera ? Votre père vous accueillera à bras ouverts à Londres quand ce mauvais moment sera passé. L’amour familial est inconditionnel.
Cressida : C’est la grande différence entre vous et moi. Vous avez la certitude d’avoir toute votre vie le soutien de votre famille. Nous ne sommes pas du même monde, monsieur. Et nous ne le serons jamais.
Colin : Miss Cowper. Miss Cowper ! Personne ne vous croira si nous disons que vous mentez. Vous n’avez aucune preuve.
Cressida : Je connais un apprenti imprimeur disposé à corroborer mes allégations rien que pour le plaisir de voir la vraie lady Whistledown. Vous avez jusqu’au bal des Dankworth-Finch pour me payer, ou le lendemain matin, je le dirai à tout le monde. D’ailleurs, vu le peu de soutien financier dont je vais bénéficier à l’avenir, je me demande si la somme est assez suffisante.
Sur le pas de la maison Featherington.
Philippa : Quelques fonds supplémentaires pour organiser le bal de la saison. Imaginez des petites bêtes avec plein de pattes.
Prudence : Cela nous est même dû, vous avez plus dépensé pour le mariage de Pénélope que pour les nôtres.
Portia : Parce que vous avez épousé des garçons sans le moindre titre. Alors que Pénélope a épousé un Bridgerton extrêmement fortuné.
Prudence : Grâce à qui vous aurez tout ce qu’il faut pour assurer vos vieux jours. Quel besoin avez-vous de vous agripper à votre argent ? Entrons !
Portia : Je regrette, ce n’est pas le bon moment. Je vais avoir une visite.
Philippa : Ah bon, qui ?
Mme Varley : N'ayez crainte, mesdames. De toutes les employées de maison, je suis la plus expérimentée pour faire des miracles avec presque rien.
Madame Varley emmène Prudence et Philippa dans la rue, Portia referme la porte, soulagée.
Eloïse et Pénélope attendent le retour de Colin de Portia.
Pénélope : Mes sœurs seront contentes quand ma conduite mènera à la destruction.
Éloïse : Nous pourrions peut -être exprimer des pensées plus positives ? Colin sait se montrer convaincant.
Pénélope : Ce n’est pas lui qui me préoccupe.
Éloïse : Cressida a parfois des moments de lucidité. Souhaitons que ce soit le bon jour.
Pénélope : L’avez-vous appréciée ? Ou vous êtes-vous rapprochée d’elle juste pour me punir ?
Éloïse : Je ne suis pas aussi mesquine. Au début, j’ai eu plaisir à la côtoyer. Mais bon. Peut être est-il vrai que les tous premiers instants ont été teintés de légères pointes de mesquinerie. Dites-moi ce que vous lisez.
Colin : J’ai bien peur d’avoir échoué. Et elle exige désormais le double.
Éloïse : Vingt mille livres ?
Portia : Elle a perdu la tête
Pénélope : Je n’ai pas cette somme.
Colin : Ce n’est pas tout. Elle veut que vous profitiez d’une chronique pour restaurer sa réputation. Je vous présente mes excuses. Il semble que je n’ai fait qu’aggraver la situation.
Pénélope : Tout est entièrement de ma faute.
Éloïse : Bien, que fait-on à présent ?
Colin : Pénélope avait raison. Il aurait mieux valu simplement la payer. Je peux réunir les fonds mais je dois demander la signature de Bénédict pour une dépense aussi lourde.
Portia : Vous allez lui parler de Pénélope, de son identité ?
Colin : Non. Je vais inventer un mensonge. Je trouverai. Nous devons protéger son identité.
Portia : Bien. A l’évidence la fille Cowper veut que vous écriviez quelques mots gratifiants sur elle, sur son apparence et son charme.
Éloïse : Ce n’est pas un dénouement heureux. Je ne pouvais pas m’attendre à autre chose de la part de Cressida.
Pénélope : Je vous suis très reconnaissante de tous vos conseils.
Maison de lady Danbury.
Violet : Est-ce que Sa Majesté laisse penser qu’elle pourrait abandonner sa quête ?
Lady Danbury : Eh bien, j’ai bon espoir qu’elle trouve bientôt une autre distraction. En parlant de distraction.
Violet : Mmm. C’est assez fort.
Lady Danbury : Il n’y a qu’un Ecossais pour créer une boisson pareille. Essentiel en Ecosse pour affronter le froid mordant de l’hiver.
Violet : Oh, ne m’effrayez pas plus, je le suis déjà assez, Agatha.
Lady Danbury : Vous ne devriez pas. Francesca semble avoir puisé en elle un grand courage.
Violet : Oui, c’est le cas. Et elle l’emploie aujourd’hui pour s’éloigner le plus possible de sa mère.
Lady Danbury : J’ai fait l’acquisition de ceci il y a des années au cours d’un voyage en Ecosse. Au début, voyez-vous, je le trouvais extrêmement âpre. Mais avec le temps, eh bien, on finit par l’apprécier.
Violet : Il reste assez âpre.
Lady Danbury : Vous aurez tout mon soutien pendant que Francesca sera partie. Ainsi que celui de mon frère. Si vous le souhaitez.
Violet : Ce n’est pas le moment d’en discuter.
Lady Danbury : Mais peut être le faut-il ?
Violet : Lord Anderson se montre un gentleman exemplaire. Et si vous étiez d’accord pour donner votre bénédiction …
Lady Danbury : Je ne pense pas avoir à donner ou retirer ma bénédiction, voyons. Vous êtes deux adultes. Faites selon vos désirs. Après tout, vous ai-je déjà demandé votre permission ?
Violet : Je le trouve soudain beaucoup plus doux.
Lady Danbury : Vous savez ? Non ?
Violet : Je sais que mon père était quelqu’un de bien. Et je sais que vous avez toujours été une excellente amie. Je n’ai rien besoin de savoir d’autre.
Lady Danbury : Et mon frère est quelqu’un de bien. Et vous êtes une bonne amie. Je n’ai rien besoin de savoir d’autre non plus. Mais si à cause de lui les choses tournent au vinaigre entre vous, je me rangerai de votre côté. Je refuse de vous perdre à cause de ses bêtises.
Violet : Je ne crois pas qu’un seul homme sur terre ait autant de pouvoir.
Bénédict a rejoint lady Tilley et Paul dans la chambre de celle-ci.
Benedict : Nous imaginez-vous tous les trois au bal ? Comment expliquer notre situation à la douairière lady Cheltenham ? Nous aurions intérêt à mettre au point notre histoire.
Lady Tilley : Au risque d’avoir les pires ennuis au bal.
Paul : C’est exact. Comment supportez-vous les événements mondains ?
Benedict : Je suppose que j’ai de l’amour à donner en abondance. Mon goût pour le bavardage. Et aussi pour les bonnes soirées. Qui plus est, pour celles à trois.
Chez Colin et Pénélope.
Colin : J’ai besoin d’une couverture pour la nuit.
Pénélope : Naturellement.
Colin sort ensuite, laissant Pénélope seule dans leur chambre.
Le lendemain.
Pénélope : Je vais prendre le thé avec père avant le mariage de votre sœur. Je pensais vous épargner de voyager dans la même voiture.
Une fois Pénélope partie, Colin se met à son bureau et relit les lettres de Pénélope.
Maison Featherington.
Mme Varley : Madame !
Portia : Est-ce que Pénélope est là ?
Mme Varley : Je ne peux plus le refouler plus longtemps. C’est cet avoué. Il est ici.
Portia : Faites-le entrer. Que faire d’autre ?
Dundas : Lady Featherington. Walter D…
Portia : Walter Dundas, je me souviens très bien de vous. Vous êtes venu pour nous féliciter du mariage de ma fille avec l’une des familles les plus estimées et respectées de l’aristocratie ?
Dundas : C’est regrettable mais non. Le motif de ma visite est peu réjouissant, quoi que plusieurs personnes m’ont dit que la mise au jour de l’escroquerie les avaient bien réconfortés.
Portia : J’espère que vous avez assez de preuves pour étayer les accusations qui semblent peser sur moi.
Dundas : Pas les preuves que j’attendais, non, mais toutes les preuves nécessaires. Ah ! L’argent dont vous avez hérité de votre tante Pétunia, j’ai trouvé très curieux que vous arrive une fortune pareille au moment même où Jack Featherington venait de s’enfuir avec la vôtre. Et le fait est que les voisins de la tante Petunia en Cornouailles semblent être de mon avis. D’après ce que j’ai entendu, elle a toujours connu une grande pauvreté.
Portia : Qui peut dire qu’elle ne préférait pas épargner et mener une vie frugale afin que d’autres puissent un jour en profiter ?
Dundas : Ses créanciers. Oh, lady Featherington. Je sais que votre fortune provient des activités frauduleuses de Jack Featherington. Et je crois que la Couronne conviendra que le titre des Featherington devrait être transféré à des personnes plus scrupuleuses. J’entends soumettre mes découvertes aux autorités royales cette semaine. Bonne journée. Oh.
Il sort, étonné de se trouver face à Pénélope.
Portia : Pénélope.
Pénélope : Est-ce la vérité ? Votre argent est celui que Jack a pris à l’aristocratie ?
Portia : Quoi qu’il en soit, ils n’avaient pas autant besoin de cet argent que nous.
Pénélope : Vous les avez volés, maman !
Portia : Et vous, vous les avez humiliés. Vous, vous leur avez volé leur dignité.
Pénélope : Je n’ai …
Portia : Vos agissements et les miens ne sont pas différents.
Pénélope : Ce que vous avez fait est un crime !
Portia : Ce que j’ai fait, je l’ai fait pour protéger cette famille. Qui donc avez-vous protégé avec votre rubrique ?
Pénélope : Moi-même !
Portia : Oh, et de qui s’il vous plait ? Je vois. Sachez que … être parent, ce n’est pas chose facile. Comment pouvais-je élever des filles quand depuis ma naissance, on m’enseigne que tout le pouvoir est aux mains des hommes ? Ce que vous avez fait, vous l’avez fait seule, sans l’aide de personne. Même si je ne suis pas séduite par ce que vous avez écrit toutes cas années, je regrette amèrement de vous avoir négligée si longtemps. Vous et moi, nous avons toutes les deux fait de notre mieux avec les opportunités que la société acceptait de nous offrir. Soit. Peut-être avais-je le choix, mais à l’époque, je n’ai pas su faire autrement. Qu’écrira lady Whistledown pour commenter notre disgrâce alors que je serai traînée dans la boue ?
Pénélope : Elle écrira ce que j’aurai envie qu’elle écrive.
Portia : C’est un grand pouvoir. C’est fascinant ce que vous avez accompli pour vous-même.
Pénélope : Merci. Nous nous ressemblons peut-être plus que je ne voulais l’admettre.
Si nous nous relevons de cette épreuve, il faudra nous rapprocher.
Maison des Bridgerton où on prépare le mariage de Francesca.
Violet : Oh, ma chérie.
Francesca : Maman.
Violet : Vous allez apporter tellement de lumière en Ecosse.
Francesca : Êtes-vous fâchée que je parte ?
Violet : Non, évidemment que non. C’est surtout que je ne m’attendais pas à ce que vous partiez aussi loin.
Francesca : Anthony et Kate comptent aller en Inde.
Violet : Oui. Mais vous avez passé déjà beaucoup de temps loin de nous à Bath, avec votre tante, ou dans votre chambre à la maison. Et j’ai le sentiment de vous perdre pour de bon.
Francesca : Maman, c’est … c’est exactement le contraire. Il m’arrive parfois d’avoir du mal à percevoir le son de ma voix dans cette maison. Alors qu’avec John, j’arrive à m’entendre de mieux en mieux. Et mon plus grand espoir serait que le silence et la beauté de l’Ecosse m’aident à me connaître davantage, afin de m’ouvrir davantage à vous également. J’aspire tant à me sentir proche de vous.
Violet : Vous n’auriez pas trouvé ce silence, cette beauté, dans le Oxfordshire ?
Francesca : J’aurais été trop tentée de rentrer fréquemment ici.
Violet : Mais vous comptez revenir ?
Francesca : Naturellement.
Violet : Ma brillante et courageuse enfant. Voyez-vous, le jour où j’ai rencontré votre père, j’arrivais péniblement à bredouiller mon nom. Je butais sur chaque mot, même les plus familiers tant j’étais éprise.
Francesca : Maman, je croyais que nous avions déjà parlé de cela. John …
Violet : Est un homme bien et c’est un bon choix. Ce que je tenais à vous dire, c’est que pendant longtemps, j’avoue, j’ai pensé que c’est ainsi que l’amour devait être pour chacun. Surprenant, impétueux, fringant. Vous m’avez montré qu’il existait un autre chemin, qu’il y avait de la beauté dans la lenteur de cette approche. Vous êtes déjà d’une telle sagesse pour votre âge. Je pense que vous serez très heureuse en Ecosse.
Plus tard
Lord Stirling : Je consens à te prendre pour légitime épouse, et à compter de ce jour, à rester à tes côtés, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la santé comme dans la maladie, jusqu’à ce que la mort nous sépare.
Francesca : Je consens à te prendre pour légitime époux et à compter de ce jour, à rester à tes côtés, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la santé comme dans la maladie, jusqu’à ce que la mort nous sépare.
Prêtre : Puissiez-vous vivre unis dans le sacrement du mariage jusqu’à ce que Dieu vous rappelle à lui. Amen.
Violet : Oh, ma chérie !
Éloïse : Et voilà, mariée !
Francesca : Merci, Bénédict. C’est la cérémonie dont je rêvais.
Éloïse : Me suis-je trop laissé influencer par le laïus mielleux du prêtre ou lord Anderson est-il sous le charme de notre mère ?
Benedict : Elle a l’air heureuse. Si c’est le cas, qui sommes-nous pour juger ?
Colin : Il a l’air d’un homme bien qui a beaucoup de chance qu’Anthony soit déjà reparti.
Francesca : Tu devrais remercier lord Anderson. Maintenant que je suis mariée, l’attention de mère pourrait à nouveau se tourner vers toi, sauf si quelqu’un la distrait.
Lady Danbury : Excusez-moi, je voudrais aller saluer madame Mondrich. Vous permettez ? Merci.
Lord Anderson : Une fois encore, belle cérémonie.
Violet : Oui, je trouve aussi.
Lord Anderson : Eclipsée seulement par la beauté de son hôtesse.
Violet : Flatteur que vous êtes !
Lord Anderson : Vraiment, je suis sincère. Et sincère quand je me demande si vous me feriez la grâce … de réserver une danse pour moi au prochain bal ?
Violet : Le prochain, oui, le bal … des Dankworth-Finch ? Eh bien … Euh, oui. Cela me paraît parfaitement adéquat.
Lord Anderson : Bien. Très bien.
Lord Stirling : Un toast, si vous le permettez. A ma ravissante épouse. Je n’ai pas de mots pour exprimer mon adoration. Ce dont Francesca m’est sûrement extrêmement reconnaissante dans la mesure où elle déteste être trop longtemps au centre de l’attention. Donc je vais plutôt adresser quelques humbles paroles à votre famille. Avant tout, à votre mère. Lady Bridgerton, je retrouve votre ouverture d’esprit en Benedict, votre charme en Colin, votre sagesse en Eloïse, et votre tempérament solaire à la fois en Gregory et Hyacinthe. En cet instant où je ressens tant de gratitude envers ma jeune épouse, j’en ressens dans une égale mesure pour la femme remarquable qui l’a élevée. Je vous remercie. Merci, merci à tous, du fond de mon cœur.
Lord Anderson : Allons, ma chère.
Lord Stirling : Pardon, Les larmes n’étaient pas ce que je voulais déclencher.
Gregory : Hyacinthe a pleuré du début à la fin.
Hyacinthe : Un jour, toi aussi tu auras un cœur.
Francesca : Maman, si nous jouions à quatre mains ?
Violet : Là, tout de suite ? Non, j’ai peur de manquer cruellement de pratique.
Francesca : La dernière fois que je vous ai presque émue aux larmes c’est quand j’ai joué pour la première fois.
Éloïse : Et moi aussi je suis partie pleurer dans ma chambre à cause de tes horribles accords.
Francesca : Dieu merci, maman ne m’a pas abandonnée. Et je ne l’abandonnerai pas aujourd’hui
Violet : Est-ce une menace ?
Éloïse : Et un peu de musique.
Francesca : Merci John.
Lord Anderson : Ecoutons-les.
Lord Stirling : Bravo !
Benedict : Encore !
Pénélope : puis-je vous parler ?
Colin : Si c’est l’argent pour miss Cowper qui vous inquiète, j’ai prévu de parler à Bénédict ce soir. Je voulais faire ça après le mariage.
Pénélope : Écoutez, je ne veux pas que vous lui en parliez.
Colin : Mais le temps presse.
Pénélope : Il est hors de question que vous mentiez pour moi à votre frère, a votre famille, que vous partagez si gentiment avec moi. Ils sont trop bons. Trop chaleureux, trop merveilleux pour être trahis de quelque manière. Je ne laisserai pas mes mensonges faire plus de ravages.
Colin : Dans ce cas, comment pourrai-je vous aider ?
Pénélope : Mais en m’aimant ! Vous m’avez déjà tant donné. Vous m’avez appris à me défendre. Vous m’avez donné plus de plaisir que je ne pensais jamais en avoir, mais … ce n’est pas ce que vous faites pour moi qui me fait vous aimer. C’est votre gentillesse. Votre empathie. Votre immense sollicitude. Votre personnalité se suffit à elle seule, Colin. Je n’ai pas besoin que vous me sauviez, simplement de vous avoir près de moi. D’être dans vos bras. De recevoir vos baisers.
Colin : Et j’ai très envie de faire tout ça.
Pénélope : Alors qu’est-ce qui vous retient ?
Colin : Je ne sais pas. Mais je sais ceci, miss Cowper continue de nous menacer. Et aussi longtemps que vous vivrez avec ce secret, il y aura un obstacle entre nous.
Pénélope : Je sais, oui. Peut-être est-ce la clé.
Colin : Comment ça, la clé ?
Pénélope s’installe à son bureau et trempe sa plume dans l’encre.
Palais de Buckingham.
Brimsley : Une lettre pour vous, Votre Majesté,
Maison Bridgerton
Violet : Colin ! Je viens de recevoir une lettre de votre épouse.
Colin : Vous devriez vous asseoir.
Maison Featherington.
Pénélope donne à madame Varley une pochette contenant quelques billets.
Maison Cowper.
Joanna : Pas étonnant qu’elle soit devenue ce qu’elle est. La maison est bien trop chauffée.
Lord Cowper : Oui, ma sœur, c’est vrai. C’est la faute de ma femme.
Lady Cowper : J’avais oublié quelle femme abominable elle est.
Cressida : Je n’irai nulle part avec elle.
Lady Cowper : Vous n’avez pas le choix, Cressida.
Cressida : Vous me laisseriez vraiment subir pareil sort ?
Joanna : Venez ma fille. Présentez-vous, que je puisse constater l’étendue de ma tâche.
Cressida : Certainement, tante Joanna. A partir de demain, ça n’aura plus d’importance.
Chez lady Tilley.
Benedict : Votre bonne m’a fait monter directement. Je commence à apprécier d’avoir ainsi mes entrées.
Lady Tilley : Vous êtes très beau, comme toujours.
Benedict : Hmm. Est-ce que Paul vient nous rejoindre ?
Lady Tilley : Je pense qu’il est avec quelqu’un d’autre ce soir.
Benedict : Je comprends. Proposerons-nous à un autre de se joindre à nous ?
Lady Tilley : Je dois être honnête avec vous. J’ai beaucoup aimé notre petite aventure à trois, mais j’espérais que ce soir, nous restions tous les deux.
Benedict : Ah. Vous n’avez pas apprécié d’avoir Paul avec nous ?
Lady Tilley : Si, évidemment. Énormément. Mais ma relation avec Paul n’est qu’amicale et je pense que … Je commence à tenir à vous, Bénédict. Vous êtes plus qu’un ami. Votre ouverture d’esprit, votre amour si sincère et généreux. Je n’ai jamais connu personne qui me ressemble autant. Et je commence à me demander si on ne devrait pas laisser notre relation devenir plus sérieuse.
Benedict : Tilley … vous êtes extraordinaire. Mais … je ne suis pas sûr qu’une relation sérieuse soit ce que je souhaite.
Lady Tilley : Est-ce … à cause de Paul ?
Benedict : Non. Paul pourrait être Patricia ou Polly ou Peter ou les trois à la fois. Ce qui s’est passé entre nous trois, ce qui s’est passé depuis que je vous ai rencontrée, m’a fait comprendre que la liberté c’est vraiment merveilleux. Vous avez ouvert mon monde. Et je n’ai pas envie de déjà le refermer. Je croyais que vous vouliez la même chose.
Lady Tilley : Avant, oui. Jusqu’à ce que je doive vous partager. Je n’en suis pas moins étonnée que vous. Je comprends votre choix. Mais même une vie de plaisirs peut devenir ennuyeuse à la longue. Ca m’a fait du bien, pour une fois, de vouloir un vrai engagement. Merci de m’avoir rappelé que c’était possible.
Jardin de la maison des Bridgerton.
Benedict : C’et bizarre de te trouver ici.
Éloïse : Je trouve très ordinaire, en fait, d’être une fois de plus assise ici, à me balancer sans prendre aucune direction particulière.
Benedict : Où voudrais-tu aller ?
Éloïse : Pour l’instant, je veux rester avec la famille, jusqu’à ce que l’affaire Whistledown retombe.
Benedict : Ce qui arrivera. Et ensuite ?
Éloïse : N’importe où en fait. J’ai passé quasiment toute ma vie soit à Mayfair, soit à Aubrey Hall. Si j’espère pouvoir un jour changer le monde, il est clair qu’il va falloir d’abord que je le découvre, que je rencontre des gens qui ne sont ni de ma famille ni des débutantes qui cherchent un mari.
Benedict : Tu veux toujours changer le monde, Eloïse ? Je croyais que cette année, tu cherchais davantage à rentrer dans le cadre.
Éloïse : j’en ai bel et bien fini avec tout ça.
Benedict : Elle est de retour !
Éloïse : Tu sais quelque chose que je ne sais pas, on dirait.
Benedict : Non. En aucune façon. Crois-moi. Plus j’apprends, plus je me rends compte du peu que je sais. J’ai l’impression … Là, tout de suite, j’ai l’impression qu’apprendre encore pourrait me changer du tout au tout.
Éloïse : Je suis absolument d’accord avec tout ce que tu as dit, n’ayant pas la moindre idée de ce dont tu parles.
Benedict : Il y a une chose que je sais. Nous ne devons surtout pas laisser passer trop de temps avant de nous revoir sur ces balançoires pour partager une conversation aussi nébuleuse.
Maison des Featherington.
Philippa : Tu es ravissante.
Prudence : Mes efforts n’auront servi à rien, sachant la déception qui nous attend derrière ces portes.
Dankworth : Je suis persuadé que Varley a fait de son mieux.
Prudence : Elle a trouvé les plumes d’autruche !
Philippa : Et les orchidées violettes !
Prudence : Philippa, il y a un, deux, trois, quatre …. Huit musiciens, c’est incroyable !
Philippa : On les a ou pas ?
Mme Varley : On les a !
Portia : Philippa, vous piaillez comme une enfant devant une part de gâteau.
Philippa : Maman … merci !
Portia : Voulez-vous me dire ce qui vous arrive ?
Philippa : C’est forcément vous qui avez payé pour tout cela.
Pénélope : Maman voulait que vous donniez le plus grand bal que Mayfair ait jamais vu.
Portia : Je vous en prie.
Prudence : Merci.
Portia : Cette robe est splendide. Je suis plus que fière de vous.
Pénélope est heureuse de voir le bonheur de ses sœurs.
Lord Anderson : Incroyable. C’est splendide.
Lady Danbury : Vous passez une bonne soirée ?
Prudence : J’adore les plumes d’autruche.
Portia : Si c’est notre dernière soirée dans la société, au moins, Prudence et Philippa en profiteront pleinement.
Prudence : Votre Majesté ! Pardonnez-nous, Votre Majesté, nous n’avons pas prévu d’estrade, nous pensions que vous accepteriez notre invitation.
Charlotte : Ce n’est pas votre invitation qui m’amène ici. Arrêtez la musique. En, conséquence de mes recherches acharnées qui menaçaient chaque jour un peu plus de porter leurs fruits, j’ai reçu une lettre il y a quelques jours signée de lady Whistledown. Elle fait appel à ma miséricorde, et demande à s’adresser en personne à vous tous pour plaider sa cause publiquement avant que je ne rende mon jugement. Je laisse donc sans plus tarder la place à la chroniqueuse elle-même.
Finch : Atchoum !
Charlotte : Ce n’est pas lui !
Finch : Toutes mes excuses.
Charlotte : C’est elle. (Elle désigne Pénélope)
Pénélope : Bonsoir à tous. Ou devrais-je dire « Très chers amis lecteurs ? » Je sais, je sais que ce n’est pas drôle, ce que j’ai fait. Au début, je n’aurais jamais cru qu’on prendrait mes écrits au sérieux. Pourquoi l’aurait-on fait ? Personne ne m’avait jamais prise au sérieux. Aujourd’hui seulement, je me rends compte combien c’est banal. D’être une jeune fille que personne n’écoute. J’ai écrit sur vous tous parce que je vous trouvais captivants, à vivre ainsi vos vies si ouvertement. Et en écrivant sur vous j’ai soudain eu la sensation d’avoir une vie. D’avoir du pouvoir. Et s’il y a des gens dans cette pièce qui y ont déjà goûté, ils savent que ça peut être enivrant. Mais j’ai été inconséquente avec ce pouvoir. C’était facile de dénigrer les autres, bien cachée derrière un pseudonyme. Mais je vois désormais le courage qu’il faut pour vivre sa vie ouvertement. Pour assumer ses faiblesses en public, au regard de tous, en sachant quoi qu’il arrive finalement, qu’on a toujours de la valeur. Tous nous parlons, colportons des ragots. Les ragots sont des informations. Cela crée des liens. Surtout pour ceux d’entre nous à qui on en dit si peu. Mais je ne peux plus longtemps dissimuler la plus grande information en ma possession. Mon identité. C’est pourquoi je remercie infiniment notre Reine de m’voir forcée à sortir de l’ombre grâce à son astucieux stratagème. Si elle m’accorde la chance de continuer, je compte bien me servir de ma plume avec plus de discernement. Ceci est ma repentance, mon plaidoyer.
Charlotte : Elle semble pleine d’humilité. Mais nous ne manquerons pas de veiller à ce qu’elle le demeure à l’avenir. Que serait la vie sans un ragot ou une rumeur ?
Philippa : Maintenant, Varley ! Les bestioles !
Madame Varley ouvre une volière et une nuée de papillons envahit la salle de bal. Les invités oublient Pénélope et lady Whistledown.
Prudence : Je ne savais pas qu’il y aurait des papillons.
Philippa : Je te l’avais dit, des bestioles.
Prudence : Tu es … vraiment géniale.
Philippa : Je sais, oui.
Finch : Une danse ?
Les danseurs reprennent possession de la piste de danse.
Lady Danbury : Ainsi donc, vous ne supportez pas le mensonge ?
Pénélope : Lady Danbury.
Lady Danbury : Votre dernière chronique. Sa Majesté n’était pas loin de la vérité en supposant que Whistledown était une Bridgerton protégeant les siens. Mais je connais suffisamment la famille pour savoir que ce n’était pas l’une d’entre eux. Je savais qu’il n’existait qu’une seule personne qui aimait les Bridgerton plus que moi.
Pénélope : Vous saviez que c’était moi.
Lady Danbury : Je le soupçonnais. Vous n’êtes pas la seule dans la haute société capable de garder un secret. J’ai vraiment hâte de lire votre prochaine chronique.
Portia : Vous êtes prodigieuse.
Pénélope : Je n’y serais pas parvenue sans votre soutien.
Portia : Ni celui de la Reine.
Pénélope : Oui. Et avec son acceptation, nous dirons à cet avoué que votre argent venait de mon travail. Il n’aura aucun recours. Il est temps pour nous de nous rapprocher.
Portia : Ma fille.
Pénélope : Bonsoir.
Colin : Merci pour votre lettre. Je ne crois pas avoir déjà vu ma mère aussi vite choquée. Ni d’ailleurs, aussi vite impressionnée. Je pense qu’elle est fière de vous.
Pénélope : Il y a une chose que j’ai omis de dire dans cette lettre. Je ne m’opposerai pas à une annulation si vous le souhaitez. Je ne veux pas de conséquences néfastes pour vous ou pour votre famille aux révélations de ce soir.
Colin : La Reine elle-même vous a acceptée.
Pénélope : Pour l’instant. Et tout le monde devra en faire autant en public. Mais Whistledown en a blessé plus d’un et ils n’oublieront pas de sitôt. L’avenir pourrait ne pas être totalement radieux.
Colin : Pénélope, depuis que j’ai découvert que vous étiez Whistledown, j’ai fait tout ce que je pouvais pour vous dissocier de la femme de lettres. Mais l’autre jour, je me suis mis à relire toutes les belles pages que vous m’avez envoyées. Vos lettres ont toujours été celles que j’étais le plus impatient de lire. Et je me suis rendu compte que … vous ne faites qu’une. Vous n’avez toujours eu qu’une seule voix. On ne peut pas vous dissocier de Whistledown. Et après vous avoir vue parler, je n’en ai aucune envie. Parce que pardon, mais c’était fichtrement brillant. Je crois qu’en réalité, j’étais peut-être un peu jaloux de vous. De votre succès. De votre courage. Et aujourd’hui, je n’arrive tout simplement pas à croire qu’une femme dotée d’une telle bravoure m’aime. A la chance qui est la mienne de pouvoir me tenir à vos côtés et d’absorber ne serait-ce qu’un tout petit peu de votre lumière. Si mon unique but dans la vie est d’aimer une femme aussi extraordinaire que vous, l’homme que je suis sera plus que comblé, à l’évidence.
Pénélope : Je vous aime. Vous êtes quelqu’un de très bien, monsieur Bridgerton.
Colin : Moi aussi, je vous aime. A présent me ferez-vous l’immense honneur de m’accompagner sur la piste de danse, madame Bridgerton ?
Francesca : Ils ont tous l’air vraiment heureux.
Éloïse : En effet.
Francesca : Et toi ?
Éloïse : Je suis absolument euphorique. Parce que je viens d’avoir une idée géniale. C’est plutôt une requête.
Francesca : Et de quelle requête s’agit-il ?
Éloïse : Laisse-moi t’accompagner en Ecosse. Maman va adorer l’idée que je veille sur toi ; Mais en vérité, j’ai simplement envie de passer un moment en dehors de notre toute petite bulle, de vivre des aventures. Je ne changerai jamais le monde si je n’en vois pas davantage. Je te promets que je te laisserai une paix royale. Qu’en dis-tu ?
Francesca : Tant que tu restes à l’écart dans ton aile du château.
Éloïse : Nous allons vivre dans un véritable château ?
Lord Stirling : « Nous » ?
Éloïse : Oh.
Francesca : Eloïse souhaiterait nous accompagner.
Éloïse : Si ce n’est pas gênant pour vous.
Lord Stirling : Pas du tout. C’est une merveilleuse nouvelle. Et par chance, ma cousine vient enfin d’arriver pour faire le voyage avec nous. J’ai le très grand plaisir de vous présenter …
Michaela : Michaela Stirling. Je vous préviens, toutes les horreurs que John vous a racontées sont fausses. La vérité est bien pire. Et vous devez être ?
Francesca : Je suis … francesca Bridgerton. Kilmartin. C’est mon nom, à présent.
Michaela : Ravie de faire votre connaissance.
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Lady Whistledown : Très cher ami lecteur, tout à coup les mots me manquent. Ma retenue ne découle pas d’un désir de protéger quelques ébats osés. Bien que la rumeur m’en ait rapporté quelques-uns. Ma retenue tire son origine de la joie. A tous ceux qui considèrent avoir été offensés par cette humble chroniqueuse, mes excuses les plus sincères. Je ne vous souhaite que le meilleur.
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Maison Bridgerton.
Benedict : Tu vas me manquer.
Éloïse : A peine le temps d’une année.
Benedict : Mm.
Éloïse : Tu n’imagines pas une seule seconde que maman me laisserait rater son bal masqué.
Benedict : Je ne pense pas, non. J’y serai, caché derrière un masque, évitant les jeunes filles à marier comme la peste.
Éloïse : Alors j’irai te rejoindre dans ton petit coin.
Ils se serrent dans les bras l’un de l’autre.
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Lady Whistledown : Il est temps maintenant de regarder vers l’avenir, quoiqu’il puisse nous apporter. Votre chroniqueuse ne se risquerait pas à faire des prédictions sur ce que l’avenir nous réserve. Mais avec chaque chapitre qui se ferme, l’histoire est sûre de s’enrichir et de s’approfondir.
C’est un sacré voyage que nous avons accompli ensemble. Et c’est donc avec le cœur lourd que j’écris cette dernière phrase, incroyablement courte en tant que … lady Whistledown. Au revoir.
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Maison Featherington.
Prudence : C’est qui le plus beau bébé ?
Philippa : « Ma-man »
Prudence : C’est toi !
Philippa : Mon bébé.
Pénélope : Dans mes bras, mon bébé.
Prudence : Je n’arrive toujours pas à croire que tu aies eu un garçon. L’héritier en titre, qui plus est.
Violet : Le nouveau lord Featherington est très joli garçon.
Colin : Oui, il tient ça de son père.
Pénélope : Votre père essaie toujours de détourner l’attention avec un sourire enjôleur et un mot d’esprit.
Colin : Vous trouvez mon sourire enjôleur ?
Philippa : Je suis contente qu’on ait eu des filles.
Portia : Je suis sûre que l’une et l’autre feront un très beau mariage.
Philippa : Je crois que ma petite Philomena fera une magnifique carrière d’écrivain et ne saura que faire d’un mari.
Colin : Une chose est sûre, c’est de famille. Je n’aurais jamais pu terminer mon livre sans l’aide précieuse de votre tante Pénélope.
Portia : C’est un ange.
Gregory ferme le livre de Colin.
Gregory : C’est mieux que je ne pensais.
Benedict : Es-tu sûr d’avoir l’âge de lire ça ?
Gregory : Oui.
Hyacinthe : Il est là ! J’en ai presque assez pour tout le monde.
Portia : Attendez. Je prends le bébé.
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Lady Whistledown : Et avec le retrait de mon double littéraire, j’aimerais me présenter officiellement. Anciennement habituée à faire tapisserie, actuellement chroniqueuse, observatrice, toujours armée d’une plume. Je n’ai rien d’exceptionnel, et cependant, j’ai quelques fulgurances.
Et j’espère, cher lecteur, que vous resterez pour les partager avec moi au moment où nous entamons la suite de notre voyage.
Sincèrement vôtre. Pénélope Bridgerton.
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Rédigé par Mamynicky